Auteur : ghisino

Équipement des falaises: Tout béton ?

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Béton?

 

Suite à un incident heureusement anodin en falaise*, et à, j’ai décidé d’écrire un petit article au sujet de la qualité de l’équipement que nous rencontrons en falaise.

Mon objectif n’est pas de faire une liste complète des cas de figure possibles, le sujet étant potentiellement très vaste, mais plutôt de stimuler à la réflexion, sans faire du terrorisme.

Je vais commencer essayer de définir ce qui est, en théorie, un bon ancrage :

 

  • L’ancrage devrait être placé sur du rocher sain, c’est-à-dire solidaire à la « masse » de la falaise, et suffisamment loin des faiblesses du rocher (fissures, bords d’arête, trous). Pour « suffisamment loin », pensez, en ordre de grandeur, 10 fois le diamètre du trou, donc « au moins » 10 cm (le trou ayant un diamètre de 10 à 14 mm selon le type d’équipement).  Petit rappel concernant le rocher : les coulées et concrétions de calcite, telles que colonnettes et autres draperies, ne sont pas forcément « solidaires au reste de la falaise »

 

  • L’ancrage devrait etre placé de façon à ne pas générer des contraintes particulières sur le mousqueton qui y est placé. Le mousqueton ne doit pas pouvoir se retrouver en « bras de levier » contre une arête, et il doit tourner librement.  Il est évident que la forme du mousqueton, sa taille et le sens du mousquetonnage de celui-ci auront leur importance dans certains cas.

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    ancrage qui cumule les facteurs critiques: trop proche du bord du rocher, le rocher sur lequel il est posé semblerait fracturé, le mousqueton peut faire bras de levier contre le bord du toit

 

La pose de l’ancrage doit aussi respecter certaines règles techniques, qui sont propres au type d’équipement.

 

  • Pour les ancrages mécaniques, tels que spits ou goujons :
    • La longueur et le diamètre du goujon dovent être suffisants par rapport au type de rocher. Un rocher particulièrement tendre demande des « gros » ancrages.
    • Le trou doit être perpendiculaire à la surface du rocher

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      Tige filetée qui sort beaucoup trop de l’écrou…l’expansion travaille-t-elle correctement???

    • Le point doit être serré avec la bonne force (ni beaucoup plus, ni beaucoup moins) et l’expansion doit avoir « pris » dans le rocher. C’est une caractéristique facile à évaluer visuellement : une plaquette qui tourne sans raison apparente, une tige filetée qui sort « beaucoup » de l’écrou, ou pas du tout, sont trois signes suspectes. Pour ce qui concerne les plaquettes qui tournent, pas de stress si le point est en début/fin de traversée, et aussi si elles sont équipée de dégaines à demeure et exposées à des forts vents: il est normale que ces plaquettes se desserrent…
  • Pour les ancrages chimiques (broches collées)
    • Broches-bis1-300x200

      quelques exemples de « bis ». La 1ère génération n’a pas de rainures permettant un bon collage…

      La broche doit avoir une surface ce contact avec la colle rugueuse/rainurée. Pas de souci dans la presque totalité des cas récents, dans les équipements plus vieux par contre il faut faire attention aux « bis » (broches de construction artisanale en forme de U)

    • La broche doit être placée avec un léger angle
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      Pose correcte d’une broche: le début de l’œillet est logé dans le trou, pour éviter les sollicitations en torsion

      « vers le bas » par rapport au rocher, et une petite partie de l’œillet doit être enfoncée dans le début du trou. Si l’œillet sort complétement, le collage est potentiellement sujet à des contraintes en torsion, auxquelles il ne résiste pas très bien…

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      broche mal posée: l’œillet est complétement sorti du rocher, il n’y a pas d’encoche permettant de limiter les sollicitation en torsion.

    • L’opération de collage doit avoir été faite dans les règles de l’art. Pas de moyen visuel de le savoir, sauf si le collage a complétement foiré : dans ce cas la broche va tourner dans le trou, voir carrément sortir à la main…
  • Le point ne doit pas être (trop) attaqué par la corrosion…En général c’est assez facile à évaluer, sauf en milieu marin (exposition aux embruns, même portés par le vent). Dans ce dernier cas, certains types de corrosion sur certains alliages peuvent ne pas se signaler facilement à l’œil, le métal étant « rongé de l’intérieur ». A posteriori, par contre, il est possible d’estimer une durée de vie moyenne selon la localité et le type de métal utilisé. En ce sens, la meilleure chose à faire est sans doute de se renseigner autant que possible auprès des grimpeurs, équipeurs et éventuelles instance féderales ou associatives de la zone.

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    Tige qui sort de façon suspecte, maillon rapide rouillé…BETON!

 

 

QUE FAIRE SI UN POINT ME SEMBLE MAUVAIS?

En cas de doute, on pourra chercher de savoir si un certain ancrage qui nous parait douteux est souvent sollicité (est que ça tient régulièrement des vols, sans poser de soucis ?)

Encore mieux, on peut se demander ce qu’il se passerait si l’ancrage venait à lâcher. Parfois les conséquences seront dramatiques, mais dans d’autres cas, on ne risque qu’un vol plus long que d’habitude, mais sans conséquences (dans le vide).

Mais aussi : accepterait-on de grimper la voie, si cet ancrage douteux n’existait pas ?(c’est peut être suffisamment facile pour que nous soyons surs de ne pas tomber…)

Pouvez-vous désescalader ? En grande voie, avez-vous la possibilité de rajouter un petit nut, une lunule ? (Au passage: quand vous n’avez pas d’informations fiables sur le bon état de l’équipement d’une grande voie, trois nuts et deux sangles en plus ne pèsent pas lourd…)

(etc…)

 

*J’ai été témoin du profond désarroi d’une grimpeuse face à une broche mal collée. Même si elle avait tous les moyens de gérer raisonnablement la situation (ce qu’elle a fini par faire), la possibilité qu’un ancrage soit fautif était pour elle une nouveauté totale et terrifiante : elle a bien failli se mettre dans un état de panique presque plus dangereux que le mauvais collage…

 

Remerciements à Marco Pukli, équipéur très actif à Finale Ligure, qui a fourni une grande partie des photos utilisées en cet article. http://www.pukli.it/EXTRA/0.htm

Stage Trad à Annot

 

 

 

STAGE TRAD à ANNOT

du 9 au 12 AVRIL (4 jours d’escalade)annotcave

Apprentissage des techniques propres à l’escalade en fissure et de la pose de coinceurs, sur l’un des sites majeurs de cette pratique en Europe.

Niveau conseillé : 6a minimum en falaise.

Tarif : 400 €

12 participants max. A partir de 6 personnes, deux professionnels encadrants.

Hébergement*, transport, repas à charge des participants.

*plusieurs possibilités sur Annot (camping, gite, hôtel)

 

CONTACT :

glboldetti@yahoo.it   +33 (0)6.86.64.51.92

La manip’ avec une dégaine.

On trouve sur le net plusieurs tutoriels expliquant comment réaliser votre manip’ de fin de voie. Dans cet article je vais donc essayer d’aller un peu plus loin dans sa compréhension, afin de la réaliser avec moins de matériel.

Commençons donc avec un diaporama de la manip’ classique (passer la souris sur les photos pour en obtenir la description)


Le but de l’opération, est de passer la corde dans un anneau ou maillon rapide posé au relais, en restant toujours en sécurité (encordé et assuré).

Cette manip’ est construite autour de deux principes de base

  • Pour effectuer cette manip’ avec aisance, il faut que nos deux mains soient libres
  • Avant de défaire tout système de sécurité (ici, le nœud d’encordement) , il faut en avoir mis en place un autre, aussi valable que celui d’origine, et le vérifier

On se rend facilement compte qu’il y a plusieurs possibilités respectant ces deux principes.

Par exemple, pour se libérer les mains :

-on peut se vacher à l’aide d’une longe à demeure sur son baudrier

-on peut aussi s’attacher au relais à l’aide d’une ou deux dégaines (attention: ce n’est pas, dans l’absolu, une façon judicieuse de se vacher. Mais on se permet ça pendant la manip’ dont on parle, du fait qu’on reste encordés et assurés en permanence…)

-si le relais de notre voie est situé sur une terrasse et on ne risque vraiment pas de perdre l’équilibre, on a déjà les deux mains libres…

Pour ce qui est des possibilités pour s’encorder « en milieu » de corde :

  • Queue de huit reliée au pontet par un mousqueton à vis, comme ci-dessus. Attention, ce type d’encordement n’est réellement valable que si on reste en tension : donc pas vraiment possible de re-essayer des passages, sauf si votre assureur vous tracte violemment !
  • Queue de huit reliée avec deux DSC03086mousquetons simples aux ouvertures opposées (bien regarder la photo. Les index pointent les ouvertures). Il s’agit d’une variante du cas précédent : c’est équivalent voir mieux sur le plan de la résistance théorique, mais cela demande un peu plus d’attention. L’intérêt est de remplacer le mousqueton à vis avec les deux mousquetons d’une dégaine.
  • DSC03088Le « quadruple nœud de huit ». Encombrant, demandant beaucoup de corde, mais il ne nécessite pas de mousquetons et reste sécuritaire en toute situation (on peut re-essayer des passages en moulinette) . On peut passer la corde directement dans le pontet, sous réserve de limiter la fréquence de cette pratique : le pontet est tout aussi solide que les points d’encordement du baudrier, mais moins protégé contre l’usure (le frottement entre corde et sangle étant bien plus important qu’entre une sangle et un mousqueton). La photo montre la bonne longueur de corde sortante du nœud.

Et enfin pour ce qui concerne la vérification :

  • Inspection visuelle
  • Demander « sec » et se soulever, de façon que tout notre poids soit pris par le nouveau nœud (vache et nœud d’origine doivent rester mous) . De cette façon on pourra aussi vérifier que l’assureur ne s’est pas endormi 😉

Venons donc à une variante très utile en falaise :

Manip « Light » avec une seule dégaine et quadruple nœud de huit

Si vous voulez apprendre ces techniques encadrés par un professionnel, contactez moi

 

AVERTISSEMENT : l’escalade est un sport dangereux dont la pratique peut conduire à des blessures graves ou la mort. Il appartient donc à l’internaute d’utiliser les informations publiées sur ce site avec discernement et esprit critique. La responsabilité de l’auteur d’un article ou de l’éditeur ne saurait être engagée du fait des informations, opinions et recommandations formulées sur ce site.

 

Haute Savoie…

Après deux années d’hésitations, je débarque enfin en Haute-Savoie… un moyen de retrouver un paysage très proche de celui de mon enfance (la région des grands lacs dans les pré-alpes lombardes). Cet environnement de moyenne montagne me manquait, malgré mon amour pour la forêt de Fontainebleau.

Vive les murs calcaires à petites prises, les grandes voies avec vue sur le lac, et surtout…les poules!

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Marine à la sortie de « Zig Zag », mont Veyrier

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Le lac du Bourget depuis « le Maximum »

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Le lac de…Lugano

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Praline et Causette

 

Assurage dynamique, idées reçues et mauvaises techniques.

Une grande salle de la région parisienne.  Après deux heures de cours, je reste grimper quelques voies: une séance courte mais intense, je fais de l' »affûtage » en vue de mes vacances verticales…

Je m’engage dans une voie à mon niveau maximum, que je n’ai pas encore enchaînée et qui me sert de « projet d’entrainement ».  En m’approchant du pas de bloc de mi-voie je me sens bien, ça pourrait passer…je clippe, et je m’engage aussitôt dans ce gros jeté diagonal…ma main droite enveloppe pendant quelques instants la prise s’arrivée…qui finit par glisser ! Merde ! Je suis encore une fois en train de tomber sur ce pas, qui ne me pose pas de soucis intrinsèquement…La corde devrait bientôt me ralentir, mais non : je suis en chute libre, la vitesse augmente, la tête d’un grimpeur se baladant sous ce gros devers est en ligne de mire, on risque mes jambes et ses cervicales…enfin la corde se tend, elle m’arrête de façon tellement soudaine que je rebondis vers le haut. Quel choc! Mes pieds sont à deux mètres du sol, et tout proches de la tête de l’autre (qui heureusement me regardait, et m’a esquivé)

Au final, j’ai fait 7-8 mètres de chute alors que quand je suis tombé j’avais la dégaine aux genoux. La corde ne m’a ralenti que sur les derniers deux mètres (au plus). Blasé, je rappelle sèchement à mon assureur, pourtant expérimenté, que « de temps en temps les gens tombent ! ».

Un long décryptage suit, au cours duquel mon assureur (un grand gaillard me dépassant largement en taille et en poids) explique avoir laissé du mou « pour dynamiser », et s’être déplacé vers le mur.

Cet incident est donc le produit d’une idée reçue, et d’une mauvaise technique.

Dans la suite de cet article j’essaie de discuter les deux (accrochez-vous : c’est long, technique, mais ça vaut la peine…)

L’idée reçue, c’est que laisser du mou dans le système, à n’importe quel endroit et dans n’importe quelle situation, aide à réceptionner la chute du grimpeur de façon plus douce.

J’essaie d’expliquer pourquoi cette idée est fausse, et pourquoi elle est relativement répandue.

On commencera par un cas « théorique » mais souvent pas trop loin de la réalité : les dégaines ne rajoutent aucun frottement, l’assureur est parfaitement immobile, et le système d’assurage bloqué. Dans ces conditions, on sait que l’atterrissage sera d’autant plus doux que le facteur de chute est bas.

Le facteur de chute étant le rapport entre la longueur de la chute et la longueur de corde déployée entre nœud et système d’assurage, il s’en suit que laisser du mou entre assureur et grimpeur rallonge la chute…tout en produisant un « atterrissage » plus violent ! Exactement comme dans ma petite histoire.

Si vous ne me croyez pas :

  • Un chute de 2 mètres avec 10 mètres de corde produit un facteur de chute égal à 0,2
  • La même chute avec 2 mètres de mou supplémentaires donne un rapport 4/12, soit 0,33.

Hors de ce cas idéalisé, mais parfois proche de la réalité, est que dans certains cas laisser du mou « dynamise » l’assurage ?

Oui, mais uniquement si entre ce mou et le grimpeur il y a un frein !

Par exemple, si vous assurez avec un tube et vous laissez une belle boucle de corde molle entre votre main-frein (droite pour les droitiers) et l’appareil, vous avez un frein entre corde molle et grimpeur. Par ailleurs, il s’agit de la méthode de « dynamisage » la plus facile à appréhender, et la seule qui est également fiable quel que soit le poids du grimpeur. Un vrai passe-partout que tout grimpeur/assureur devrait maîtriser.

Dans certains cas particuliers, le tirage d’une corde qui passe dans beaucoup de dégaines et frotte contre des angles est aussi un frein efficace, surtout si la chute n’est pas importante ! Ceci explique que certains assureurs apprennent que laisser du mou devant le système d’assurage aide à arrêter doucement les chutes : c’est effectivement le cas quand le grimpeur tombe de tout en haut d’un long devers en salle d’escalade ou d’une grosse longueur en falaise, surtout s’il y a des changements de pente et direction importants…Du moment que beaucoup de grimpeurs n’aiment pas les voies « bloc » où l’on peut tomber un peu partout, et acceptent de ne pas demander « sec » uniquement quand ils sont à quelques prises d’enchaîner leur voie « rési », voilà que cette exception devient la norme !

Après cette première partie, comprendre l’erreur technique de mon assureur devrait être simple.

Dans un cas général, se déplacer vers le mur est une façon de dynamiser efficace, mais uniquement à condition de simuler l’action d’un frein. Il faut donc commencer à se déplacer de façon parfaitement synchrone à la mise en tension de la corde, tout en exerçant une résistance progressivement plus importante. C’est la seule façon possible de dynamiser avec un grigri ou autre appareil bloqueur.

Se déplacer à corde déjà bien tendue ne sert à rien, mais ce n’est pas pire que rester sur place (on rallonge la chute alors que le grimpeur vient d’encaisser le choc de la mise en tension).

Se déplacer avant la mise en tension de la corde est par contre une erreur grave : ça revient à rallonger la chute sans augmenter la longueur de corde utile. En reprenant l’exemple de tout à l’heure, si l’assureur se déplace de 2 mètres avant la mise en tension de la corde, le facteur de chute passe de 0,2 à 0,4 ! (Rappelez-vous : dans cet exemple, la longueur de corde utile est de 10 mètres).

Encore une fois, dans le cas particulier de la petite chute avec beaucoup de tirage, tout change…car il y a un frein entre grimpeur et assureur : donc se déplacer en avance pourrait être un bon choix !

Autre cas particulier : un assureur bien léger par rapport à son grimpeur…qui sera déplacé au bon moment en restant parfaitement passif !

 

Pour terminer, quelques conseils :

  • Ne sous-évaluez pas la tâche d’assurage. Etre un excellent assureur demande beaucoup de réflexion, entrainement et attention. C’est peut-être un peu chiant pour certains, alors dites-vous que ça vous permet de participer à juste titre des « croix » de vos potes !
  • Entraînez-vous à prendre et assurer des chutes dans des conditions variées. Avec vos partenaires d’escalade, faites régulièrement de l’école de vol en fin de voie, mais aussi à 4-5 dégaines du sol !
  • Si vous utilisez un frein (type reverso, atc) optez pour les méthodes qui ne requièrent pas un déplacement de l’assureur : laisser du mou entre appareil et main-frein, mais aussi « laisser filer ». Utilisez des gants et demandez à quelqu’un de contre-assurer tant que vous ne maîtrisez pas ces techniques à la perfection.
  • Si vous utilisez un bloqueur (grigri, click’up, megajul, smart, etc), soyez particulièrement exigeants envers vous-mêmes et demandez à votre grimpeur d’évaluer votre assurage lors des chutes.

 

Bons vols à tous!

 

 

 

Tutoriel : Le Verrou de Main.

Je profite de l’ouverture d’une voie dans le gros dévers de MurMur Pantin pour donner quelques conseils de base concernant cette technique – en effet dans la rouge de gauche il vous sera utile, à deux reprises, de savoir  verrouiller la main entre deux volumes …

Technique de base :

  1. rentrer la main dans la fissure, en la gardant la plus plate et « fine » possible
  2. essayer de donner à la main une forme de « cuillère », jusqu’à ressentir que le dos de la main, la pulpe des doigts et les parties charnues de la paume exercent une pression opposée contre les deux parois de la fissure. C’est cette pression qui génère le verrouillage, mais il ne faut pas exagérer tout de suite.
  3. tirer vers le bas et en même temps exercer une action de verrouillage plus vigoureuse. Les actions de « mise en tension » et de « forçage » du verrou doivent se synchroniser (plus on tire, plus on force), un peu comme si la main s’était transformée en camalot jaune :p.

 

Trucs et astuces :

  • quand on commence à tirer vers le bas, la peau du dos de la main, assez élastique, se déplace de quelques millimètres autour des chères, on le voit bien dans la vidéo qui accompagne cet article.. Cette «mise en tension de la peau » est une sensation étrange au début, il ne faut pas l’interpréter comme un signe que votre verrou ne tient pas !
  • Si les surfaces de la fissure sont plates et régulières, et sa taille correspond bien à votre main, la douleur (éventuelle) de cette technique devrait se limiter à la peau du dos de la main…Si vous avez mal ailleurs, c’est que vous forcez trop, ou dans le mauvais sens.
  • Pour quelques verrous occasionnels, le strappage n’est pas nécessaire, du moins tant qu’on a de la peau !
  • Surtout si on débute, le strappage ne devrait pas être trop épais. D’une part car la sensation accélère l’apprentissage, e de l’autre, enrober la main dans une couche épaisse n’empêche pas d’avoir mal à cause d’une mauvaise technique!

Merci à Mickael Bué pour la vidéo

Faut il ressemeler ses chaussons?

L’art du ressemelage

J’ai commencé à grimper il y a 17 années en Italie…pays de saints, poètes et cordonniers, dans lequel l’écrasante majorité des grimpeurs fait ressemeler ses chaussons plusieurs fois.

C’est donc avec surprise que j’ai constaté qu’en France, un bon nombre de pratiquants préfère user ses chaussons neufs jusqu’à les percer, pour ensuite les mettre à la poubelle. Cet article a pour but de les convaincre que l’intérêt du ressemelage va au-delà des économies réalisées…

Que faut-il s’attendre d’un chausson bien ressemelé ?

Un chausson bien ressemelé est déjà « fait » à votre pied, donc plus confortable qu’une paire neuve du même modèle, dans la même taille. Il est aussi plus souple et sensitif, à la fois par dégradation des raidisseurs placés entre tige et semelle, et par effet de la moindre compression du pied.

Quand la paire ressemelée était en origine destinée à la performance, le résultat est souvent un compromis idéal pour les situations demandant un peu plus de confort et sensations, tout en gardant les atout d’un chausson qui ne bouge pas sur votre pied (comme le ferait une paire prise plus grande en magasin) : grandes voies courtes et intenses, longueurs « abus » de plus de 40 mètres en falaise, températures élevées, longues marches d’approche, adhérences précaires en dalle, essais « flash » et « à vue ».

Pour ma part, par exemple, j’opte souvent pour une paire ressemelée à céuse, falaise qui combine plusieurs des conditions énumérées ci-dessus, et pour la grimpe estivale en général.

Quand la paire d’origine était déjà « confort », vous obtiendrez le chausson d’entrainement parfait : confortable, et assez « mou » : vos pieds auront moins mal et se muscleront au passage !

L’enrobage est atteint: trop tard!

L’enrobage est atteint: trop tard!Quand faut-il envoyer ses chaussons ?

Plus tôt que ce que vous pensez ! Pour le meilleur résultat, il faut qu’il reste encore un tout petit peu de gomme de la semelle, autrement vous commencez à user l’enrobage… Dans ce cas vous risquez fort la pose d’un empiècement supplémentaire en pointe, ce qui modifie forcement le ressenti du chausson (souvent en pire, mais pas toujours : dans les meilleurs cas on obtient un chausson un peu plus raide et précis, sans grosse perte de sensations)

De quoi dépend le résultat ?

A la fois, de vous, du chausson et du ressemeleur.

Il reste encore un tout petit peu de semelle: c’est le moment de ressemeler!

De votre côté, il faut que le chausson ne soit pas envoyé trop tard : un chausson dont les enrobages sont encore en bonne forme donnera les meilleurs résultats. Il faut aussi qu’il n’ait pas subi trop d’abus pendant sa première vie. Si les débutants sont connus pour maltraiter leurs paires, les plus performants, et particulièrement les bloqueurs, ne sont pas très gentils non plus, car ils imposent des contraintes plus violentes à leurs chaussons, à commencer par le choix de pointures « extrêmes ». Ceux qui doivent s’attendre les meilleurs résultats sont les grimpeurs de falaise et grande voies ayant un style de grimpe « souple », peu agressif, et prenant leurs chaussons une ou deux demies tailles plus grandes que la « pointure ultime ».

Les chaussons ne sont pas tous également ressemelables. Les points cruciaux sont la tenue des coutures à l’interieur du chausson et des colles des enrobages : si ces derniers commencent à se décoller de la tige (comme il arrive plus souvent avec certaines marques, ou si vous transpirez beaucoup dans vos chaussons) le ressemeleur n’aura pas une base stable sur la quelle travailler, et le résultat ne pourra pas être très précis ! Les doublures ne sont pas en soi un obstacle au ressemelage mais peuvent poser un problème de confort si elles se désolidarisent du reste de la tige. Enfin, les différentes formes de chausson sont plus ou moins faciles pour le ressemeleur : un modèle plat et rond sera facile, alors qu’un autre griffé et pointu demandera plus de travail et de précision à l’artisan.

Les différents ressemeleurs ne travaillent pas tous de la même façon et ne donnent pas tous les mêmes résultats sur tous les modèles. Il faut en tester quelques-uns… On peut distinguer trois catégories :

-Quelconques. La qualité du travail est inconstante ou approximative…vous pouvez ressentir des « bosses » sous la semelle (l’ancienne n’a pas été complétement éliminée), le chausson change radicalement de forme quand une pointe est refaite, etc…Malheureusement, ce cas est assez courant en France, ou en tout cas plus qu’en Italie (ce qui explique peut-être mon observation de départ)

-Corrects. Ils bossent bien sur certains modèles, mais pas sur d’autres. Deux cas courants : le fabricant-ressemeleur qui ressemelle ses propres produits mieux que ceux issus de la concurrence, et des artisans qui bossent bien sur des modèles non griffés et populaires, moins bien en cas de  nouveauté, marque exotique ou forme extrême.

-Artistes. La paire ressemelée est aussi performante que juste avant l’envoi, voire mieux. Respect de la griffe et de la finesse des pointes. Des petites réparations sont possibles en complément du ressemelage. En cas de doute, on est bien conseillés. Souvent, ils sont aussi bons grimpeurs…

Les Gommes

On peut choisir plusieurs marques et mélanges de gomme différents, dans plusieurs épaisseurs…Quelques conseils pour ne pas se perdre :

-gommes souples. Stealth Onyx, Vibram XS grip/grip2. Moins de durée et de précision en grattonnage, plus d’adhérence sur des appuis précaires et d’efficacité en gros devers et bloc indoor. C’est un choix justifié seulement pour des paires dont la souplesse est la caractéristique principale et des grimpeurs « poids plume » ou ayant des exigences particulaires…

-gommes mi-rigides. Stealth C4, Vibram XS edge. Bon compromis grattonage/adherence/durée. La C4 s’use moins vite et est plus performante dans l’absolu (meilleure adhérence, meilleure précision). Le point de force de la vibram est une perte d’adhérence un peu plus progressive et prévisible : on sent la zipette arriver, plus qu’avec la stealth, qui a tendance a glisser de façon soudaine.

-epaisseurs : en 5 mm on a plus de rigidité et durée, mais on perd un peu de précision et sensibilité…tant que la nouvelle semelle ne s’est pas encore usée. En 4 mm on a une semelle plus souple, sensitive et rapidement au meilleur de sa performance.

Quelques bonnes adresses

Je mentionne ici deux ressemeleurs français avec lesquels j’ai eu des bonnes expériences, ainsi que mon personnel « saint patron du ressemelage ».

Clinique du Chausson. www.clinique-du-chausson.fr/

Un vrai artiste, le titre n’est pas volé. Le travail est simplement stupéfiant, tant dans la substance que dans l’esthétique de la finition (il faut vraiment un bon œil pour distinguer la jonction entre ancienne et nouvelle semelle…). Les petites réparations sont aussi réussies. Depuis peu il est ressemeleur agrée LaSportiva, et peut ressemeler vos speedster/futura/genius. Comme tout artiste qui se respecte, il peut vous faire des caprices : notamment refuser des paires en trop mauvais état (alors que d’autres les auraient ressemelées en acceptant un compromis sur le résultat), imposer la réfection d’enrobages en apparence intacts (mais qui commencent à se décoller ou sont trop usés)… Faites confiance…

Cordonnerie d’en Haut. 04 56 17 98 97

C’était, jusqu’il y a quelques mois, le seul artisan officiellement designé par LaSportiva France pour le ressemelage des modèles de la gamme « noEdge » (speedster, futura, genius) et c’est dans ce cadre que je l’ai testé. Le travail sur ces modèles est excellent et, pour ces modèles, rentre bien dans la catégorie « artiste ».Je n’ai pas essayé avec d’autres chaussons.

Corrado Zanforlin. www.dacorrado.com

Dit aussi « Saint Corrado de Varallo Pombia »…Si vous programmez un roc trip au nord-ouest de l’Italie, par exemple entre les spots de fissure de la Valle dell’Orco et de Cadarese, emmenez quelques paires à ressemeler avec vous, et le long de la route priez que son atelier soit ouvert…

Test: Lunettes d’assurage Y&Y

Depuis leur lancement, je possède et j’utilise une paire de lunettes à prisme Y&Y

Remarques générales

Pour ceux qui ne connaissent pas ce type de produit, il s’agit de lunettes présentant des prismes triangulaires à la place des verres classiques…résultat, on peut regarder vers le haut (et donc vers son grimpeur) sans pencher le cou en arrière, ce qui limite grandement le stress sur les cervicales lors de l’assurage.

 

Le bienfait plus évident est celui d’un plus grand confort à l’assurage, tant dans le court que dans le long terme, ce qui emmème aussi à plus difficilement détourner le regard du grimpeur, avec in impact indéniablement positif sur la sécurité.

 

De plus, je trouve que, même en ayant l’habitude, il reste legèrement peu naturel de changer entre vision concentrée sur le grimpeur, à travers les prismes, et vision au pied de la voie en regardant « à coté » des prismes, ce qui minimise encore plus les occasions de distraction et renforce le lien assureur-grimpeur.lunettes

Il y a des rares situations où ce dernier effet est moins souhaitable, et notamment deux :

  1. Au pied de falaises avec risque de chute de pierres sur l’assureur. Pour avoir vécu la situation avec et sans lunettes, je dois dire qu’en utilisant les lunettes, il est presque impossible de juger rapidement la trajectoire des projectiles…Si l’assureur n’est pas à l’abri d’un devers prononcé et la qualité du caillou est suspecte, vaut mieux ne pas utiliser les lunettes (et porter un casque en bas de la falaise !).
  2. Si le pied de la falaise est accidenté, et l’assureur risque d’être déplacé violemment en cas de chute (assureur léger), ou il doit se déplacer souvent lors de l’assurage.

Il existe maintenant plusieurs fabriquant de ces lunettes, la différence se faisant sur les prix, la qualité des matériaux et la conception

Les lunettes y&yyy

Elles se placent, niveau prix, en milieu de gamme entre deux autres producteurs.

La vision me semble plus que correcte en toute condition de lumière, sans grosses distorsions ou aberrations chromatiques. Point positif à cet égard, les prismes me sembles se salir bien moins vite que ceux de mes lunettes de soleil, probablement à cause de leur position plus loin de mon front.

Le cadre, assez minimaliste, est assez classique, en trois parties. Cette monture permet de regarder « autour » des prismes, même si, comme expliqué, cette opération est peu instinctive. Autre avantage: il est très facile et rapide de les enfiler d’une seule main. En effet en départ de voie (parade initiale et premiers deux-trois points) on assure mieux sans porter les lunettes, car on a besoin d’une vision plus « globale ». Il est donc très pratique de les porter autour du cou à l’aide d’un cordon, et de les mettre devant les yeux quand le grimpeur est à environs 5 mètres du sol.

Cela m’emmène à parler du seul petit défaut de ces lunettes : le cordon fourni de série a tendance à glisser, les baguettes étant très fines…si vous portez longtemps les lunettes au cou, par exemple quand votre partenaire d’entrainement enchaine plusieurs voies de suite, elles finiront forcément par tomber au sol (testé : lunettes entières! Solides, donc!)

Il est lunetteslunettes tout à fait possible de les porter par-dessus d’autres lunettes (de vue ou de soleil) mais il est plus difficile de les enfiler en cours d’assurage.

Pour terminer, mention spéciale pour l’étui, conçu pour être attaché au baudrier et manipulé d’une seule main. Vraiment très pratique dans les séances express en falaise ou en salle, quand on enchaîne les longueurs sans pertes de temps. Il donne aussi la possibilité de les emmener en grande voie sportive (s’il n’y a aucune possibilité de chute de pierres et/ou matos…). Parmi les accessoires fournis on retrouve aussi un petit tournevis et un chiffon pour nettoyer les prismes.

En résumant, les lunettes d’assurage Y&Y rentrent à mon avis dans la catégorie « gadget indispensable ». Je les conseille vivement à tous les assureurs assidus en falaise et salle, et particulièrement à deux catégories: ceux qui ressentent une gêne à niveau cervical et ceux qui ont tendance à se distraire facilement.

Par rapport aux concurrents présents sur le marché, leurs points de force me semblent le rapport qualité-prix, et les accessoires fournis.

Test: chausson Anasazi LaceUp « The Pink » (2014)

Avec ce post j’inaugure une série d’articles concernant le matériel d’escalade. Mon objectif est de parler uniquement du matériel dont j’ai fait une utilisation approfondie, il s’agira donc d’un vécu de moyen-long terme et pas de premières impressions.

Je commence donc avec un de mes chaussons favoris, presque toujours présent dans mon sac pour toutes les situations d’escalade outdoor (bloc, falaise, grande voie).

Forme et volume

Il s’agit de chaussons de forme moyennement asymétrique et assez “plate”, comme d’habitude dans la gamme Anasazi. La différence par rapport aux anciens modèles, dont la version à scratch, se fait dans le volume plus faible tant au talon qu’en pointe. Cela donne une position du pied avec les orteils très « à plat » même en le chaussant hyper petit, ainsi qu’un excellent remplissage du talon.

Ils conviendront donc à des pieds fins/moyens.

Tension et Rigidité

La poussée du talon est moyenne (plus faible que l’ancêtre anasazi blanco) et la rigidité moyenne/haute.

Matériaux et évolution dans le temps

En synthétique doublé, ce chausson se détend peu. Il devient cependant plus confortable et souple au cours des premières 10 séances.

La tenue dans le temps des collages semble améliorée par rapport aux autres modèles 5.10 des dernières années.

Seul point faible, les lacets, qui supportent mal les placements en fissure et les crochets de pointe: il convient de les remplacer par de la cordelette en 3mm.

Performances, sensations  et terrain d’application

J’ai testé ce modèle en deux pointures : « ultime » pour le bloc et la performance en falaise (1.5/2 en moins que la pointure de ville) et une demie pointure de plus (utilisation en grande voie et fissures).

Dans la lignée de ses prédécesseurs, ce chausson est surtout une arme de poussée en grattonage.

Par rapport à son ancêtre Anasazi blanco, il présente cependant deux différences marquantes :

-il gagne en polyvalence et confort.

-il perd un petit peu de puissance, agressivité et précision dans les situations plus extrêmes (poussées violentes sur micro-prise de pied, surtout en bloc). Il reste très bon, mais décevra un peu certains adeptes du blanco qui recherchaient la performance absolue et sans compromis dans ce domaine…

En parlant de sa polyvalence : ce chausson offre un compromis « soutien/sensations »  vraiment intéressant, tout en restant assez rigide. De plus, sa forme très « plate » en pointe le rend très efficace en fissure : à différence d’autres modèles, on n’est pas obligés de le prendre excessivement large pour ce type d’utilisation. Il est donc un modèle très adapté aux grandes voies granitiques et aux couennes « trad ».

En bloc et en falaise, ce modèle brille sur des inclinaisons proches de la verticale, surtout si les prises de pied sont petites mais nettes. Il peut aussi être très efficace en devers modéré et dalle, si l’itinéraire ne fait pas trop remarquer son manque de griffe et de souplesse.

S’il faut lui trouver un défaut -au-delà de la petite perte de performance en « ultragrattonage »- la pointe est un chouilla « ronde », ce qui en combinaison avec le manque de griffe le rend moins efficace dans les petits trous (bidoigts, monos…).

Le talon par contre est une vraie surprise, efficace et précis un peu partout alors que traditionnellement les talons Anasazi ne font pas l’unanimité. Cette caractéristique en fait un modèle vraiment intéressant pour des blocs en « compression » ou traversée et pour certaines longueurs en falaise.

Le confort est correct sans être son atout principal. Sa forme est assez proche de celle d’un pied à repos et ne cause pas de point de pression évidents. En revanche les volumes étroits et la rigidité d’ensemble me semblent  contraindre la circulation du sang plus que sur d’autres modèles…dans des conditions froides, surtout vers la fin des grandes longueurs en falaise, on peut avoir des problèmes d’insensibilité des orteils!

Je ne l’ai pas testé en salle d’escalade,  imaginant qu’il ne sera pas trop mis en valeur (normalement cette situation favorise des chaussons très souples et assez « griffés »)

Le mot de la fin

Ce chausson ravira les grimpeurs aux pieds fins et moyens qui recherchent un chausson vraiment polyvalent, mais orienté au travail de grattonnage, surtout en mur vertical. Il met en valeur les grandes poussées sur des prises de pied assez basses, par rapport à des méthodes et styles d’escalade qui privilégient la « griffe » sur des prises de pied hautes et/ou éloignées de l’axe du corps – il est donc un bon choix pour des grimpeurs ayant plus de gainage que de souplesse.

Son itinéraire « parfait » est une couenne en très léger devers à petites réglettes, avec quelques crochets talon histoire de mettre en valeur cette caractéristique.

En pointure « confortable », il est aussi excellent dans des situations de grande voie et escalade « trad », qui demandent un chausson à l’aise en fissure et adhérence, mais précis et puissant en grattonage. Scenario assez typique en rocher granitique…

Extra: vidéo d’une partie du test! Eclipse-pensées cachées en combi, Fontainebleau. 7c+ bloc. Traversée demandant un chausson avec un excellent talon et un bon coincement en fissure, pour un repos vers la fin.