Critique de film: REEL ROCK 13-Valley of the Moon

Lundi 15 Janvier j’ai assisté avec plaisir à la projection du Reel Rock 13 à Annecy. Pour ceux qui ne connaissent pas la formule, il s’agit d’un festival/défilé de courts/moyen métrages autour de l’escalade, assemblé aux US et ensuite présentée en tournée dans les salles de cinéma du monde entier.

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Si vous ne voulez pas vous gâcher la surprise, en découvrant le synopsis des épisodes : sachez juste que pour peu que vous soyez passionnées d’escalade ça vaut largement le prix du billet, les images sur grand écran ayant un rendu et un force qui n’ont rien à voir avec vos écrans d’ordinateur ou de smartphone, et que ce certains films seront peut être occasion de discussion entre amis (pour moi, c’est positif!).

Je vais donc, pendant quatre jours, vous donner mon ressenti sur les cinq court-métrages présentés : attention, spoilers !

 

Valley of the Moon

La projection commence par le court-métrage qui a, peut-être,  fait le plus écho en moi. Sachez d’abord que ce film existe en deux montages de longueur différente, dont une courte disponible gratuitement sur Vimeo.

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Le film nous présente le massif du Wadi Rum, que je considère le plus bel endroit dans lequel j’ai pu grimper, en ex-aequo avec le Yosemite. L’introduction des lieux rend pleinement justice à la magie de ce désert ponctué d’ « icebergs » rocheux, mais aussi à l’esprit accueillant et charmant des bédouins locaux, ainsi qu’à leur identité particulière, de peuple à cheval entre un passé pas si loin de chasseurs/bergers nomades, et un présent sédentaire lié au tourisme. Les bédouins sont très ouverts envers les visiteurs, pour peu qu’on se montre respectueux. La question sécuritaire est aussi traitée rapidement mais avec justesse : la Jordanie est un état très sûr tout en étant au cœur d’une région géo-politiquement instable (en clair, mais le film ne le dit pas explicitement : un état militarisé avec une fréquente exhibition préventive d’hommes armés, façon Chatelet-les-Halles multiplié à l’échelle du pays).  Pour ce qui regarde l’escalade, on nous montre l’équipement et les tentatives d’ascensions en libre de Sultan El-Mujahidin, une voie entièrement équipée de 550m, dont un crux dans le 8a/b, avec laquelle les ouvreurs espèrent donner un coup de pouce au tourisme vertical local, actuellement en stagnation.

(NOTE : Il faut savoir que les voies équipées à demeure restent rares dans ce massif, même si elles ne sont pas une nouveauté : La Guerre Sainte , œuvre d’un « best of » d’équipeurs français et première voie « sans coinceurs » du massif,  date de 2000. Cette rareté est le fruit d’une sorte d’accord tacite entre grimpeurs, les lignes les plus accessibles ayant toutes été réalisées en trad dans les années ’80-’90 et étant peut être le plus belles au monde dans leur style et difficulté. D’autre part, le massif reste isolé, et le rocher n’est pas toujours le plus adapté à la pose de goujons et broches : finalement  l’équipement fixe systématique des lignes faciles ne réduirait pas beaucoup le « sérieux » de l’escalade qu’on y pratique, attirerait des cordés peu préparées en techniques d’auto-secours et poserait, à long terme, un gros souci de vérification/entretien : un leurre ?)

DxlXUVAdLes images d’escalade rendent justice à la beauté du grès local, et descendent progressivement dans le détail : on passe de la voie toute entière lors des phases d’équipement, aux longueurs clé, pour terminer avec un zoom sur les 4-5 mouvements les plus durs. J’ai particulièrement aimé que les personnages mis en avant, à savoir le deux équipeurs, un guide local et une forte grimpeuse américaine, soient traités de façon un peu atypique pour un film d’escalade : la réalisatrice Henna Taylor sait éviter le côté « patiné » et un peu kitsch de certaines productions, et ses protagonistes  ressemblent bien aux passionnés ordinaires qu’on peut tous croiser et connaitre localement. Autre point original, le film se termine avec l’échec des tentatives de libre, et reste particulièrement sobre à ce propos, sans essayer d’en tirer une quelconque morale à coups de voix off. Parmi tous les films présentés, c’est à mon gout le plus abouti en termes de réalisation.

Rendez vous demain pour Age of Ondra.

 

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