BD crack gloves, test terrain

Après les premières impressions publiées en fin de confinement, il est temps de vous donner mon appréciation « sur le terrain » de ces gants, qui confirme largement ce que je pressentais.

Performances

J’ai pu utiliser ces gants sur des grandes voies chamoniardes présentant quelques passages probants pour un gant de fissure. (malheureusement pas de fissure en toit, même si c’est au programme pour l’automne).

le bureau d’essai

Rien à dire: le gant confirme l’excellente impression que j’avais eu lors de la prise en main voir la dépasse. Il est particulièrement précis en « main étroite », avec des performances largement supérieures aux autres gants déjà faits et comparables uniquement à un bon strappage. La couverture du pouce se révèle efficace à chaque fois qu’on place ce doigt dans la fissure: verrous de poing, mais aussi dans les tailles de fissure autour du vert (0.75).

La gomme est assez adhérente mais en ce domaine le ressenti est toujours bien différent par rapport à du strap: c’est personnel mais ça peut parfois donner l’impression que la zipette est imminente alors que non… question de s’y habituer, je crois.

à remarquer: les traces noires et la bande de strap au poignet…

Durée de vie

là aussi, mes impressions se confirment, cette fois ci en négatif. Ne vous attendez pas à un produit très durable! Il y a deux solutions à mettre en place, ensemble, pour donner à ces gants une durée de vie acceptable: enduction de polyglut (vernis polyurethane) sur les parties sensibles, et bande de strap au poignet pour éviter de trop solliciter l’oeillet de la fermeture. Le polyglut permet aussi au strap de bien coller à la microfibre. En seulement quelques utilisations, l’usure des parties non induites est évidente… Attendez vous aussi à faire quelques recollages des bords de la gomme. Dans l’ensemble ces bricolages marchent, mais c’est un peu dommage de ne pas avoir un produit vraiment prêt à l’emploi, surtout à un prix supérieur à la concurrence! je pense que la marque américaine devrait envisager une version « 2.0 » qui garde l’excellent design de ce modèle, avec une matière première plus résistante et moins élastique.

Si vous voulez apprendre à grimper en fissure et mettre à l’épreuve ces gants: contactez moi pour organiser un stage de Trad Climbing!

Déconfinement en Trad, pt.1

Deux belles journées entre potes, dans des voies en terrain d’aventure ni trop faciles ni trop dures: ce qu’il faut pour reprendre la main après deux mois d’inactivité

Voie de la grotte, Rocher du midi.

La fameuse grotte

Quand Mathilde sort de nulle part sa proposition d’aller faire la voie de la grotte, je devine de suite la motivation qui se cache parmi les autres…elle est en train de boucler « la liste »! ;p

Effectivement, les classiques en terrain d’aventure du Rocher du Midi (Coupé, Grotte, Lion) sont historiquement très courtisées par les candidats au test technique du diplôme de moniteur d’escalade. Et ce pour des bonnes raisons: tout en étant des vraies voies en terrain d’aventure, dans le niveau requis, l’accès et la descente raisonnables en termes de longueur et complexité, la présence d’équipement in situ relativement généreux dans les passages-clé et un rocher qui promet d’être globalement solide, dans une face monolithique et ouverte, les rendent attrayantes pour des grimpeurs habitués aux couennes et voies équipées.

La Voie de la Grotte ajoute à ces caractéristiques appréciables ce petit cachet de voie du poisson du pauvre (même si chronologiquement ce serait plutôt le contraire: la « grotte » a été ouverte par Gary Hemming et Stewart Fulton en 1963, alors que Igor Koller et Jindrich Sustr ont ouvert Weg durch den Fisch en 1981). Tous ces points positifs ne doivent cependant pas leurrer: ça reste du vrai terrain d’aventure calcaire, ce n’est pas si court, le rocher varie entre excellent et franchement douteux, ça louvoie beaucoup, c’est parfois paumatoire et il n’est pas inutile de savoir négocier efficacement un ou deux pas d’artif’. Les cordées peu habituées à ce genre de terrain risquent de trouver cela très, très long, malgré les cotations modestes pour nos jours…

Quelques conseils concernant la voie

La face Est du Rocher du Midi (schéma c2c)

Niveau matériel, on avait un jeu de bicoins, friends en simple de tout petit (alien/z4) jusqu’au 3, douze dégaines à rallonge, quelques sangles de 120. Nickel, RAS. Longe réglable conseillée pour l’A0 après la grotte.

Première longueur: Plusieurs options…le meilleur départ se situe « au sommet de la croupe herbeuse qui marque un léger changement d’orientation de la paroi ». Attention, c’est facile mais improtégeable et en rocher pas toujours parfait, sur presque 10 mètres. Laisser ce départ à un leader mentalement solide. Ayant déjà gravi cette longueur lors de mon parcours de la voie du Lion, quand à mon tour je faisais « la liste », j’étais content de voir Mathilde gagner à pierre-feuille-ciseaux, et monter jusqu’au premier piton sans broncher.

On a tiré « tout droit » dans la Coupé jusqu’à la deuxième vire, pour ne pas attendre derrière une cordée qui nous semblait un peu désorientée. Bilan: sympa mais ça ne fait pas gagner du temps! Le 7a-ou-A0 ne donne qu’à moitié envie de grimper en libre…gros mouvs sur bacs en devers, ça c’est bien cool et on aurait presque envie…sauf que les mêmes bacs ont l’air de vouloir s’arracher en cas de grimpeur trop lourd ou enthousiaste!!! Faites relais au pied du bombé si vous voulez tenter l’exploit, vous serez mieux assurés: autrement, si on passe en A0 ça s’enchaine bien avec la longueur d’avant.

Le 6c qui suit, bien négocié par Mathilde, se résume en un premier pas de bloc qui demande décision en grimpe et attention à l’assurage, et quelques mouv’s de dalle délicate plus haut.

Pour la longueur en 5 après la deuxième vire, même discours que pour la première, en pire. Probablement la longueur la moins équipée de toute la voie, et la moins facile à protéger, avec peu de repères itinéraire fiables. En gros il faut tirer globalement droit au dessus du relais pour 35-40 mètres, au plus facile, et une fois arrivés à une petite vire la traverser vers la droite. Ne pas sous-estimer…

Les longueurs suivantes nous ont paru plutôt évidentes, bien que louvoyantes. Les deux longueurs qui mènent à la grotte peuvent s’enchainer avec du métier dans la gestion du tirage (faut utiliser une seule corde pour L1 et la traversée, en rallongeant bien certaines protections, et l’autre corde pour L2. Attention, avec 50m on fait relais-relais tout juste!). Curiosité: il semblerait assez aisé de shunter complétement la grotte en empruntant une fissure/dièdre à mains qui lui passe deux mètre à gauche…mais ce serait bien dommage!!!

Attention au 6b/A0 en fissure qui marque la fin des difficultés, juste avant la jonction avec la Coupé. Ce court passage est assez bloc et le relais est probablement le plus douteux de toute la voie: ne déconnez pas niveau protec’…à minima un 0.4 pour renforcer le relais et un 0.75 en premier point. Plus tard, un petit « coup de cul » en renfougne couronne le tout: dans son ensemble, cette longueur ravira les amateurs de verrous et combats de rue en fissure. Autant vous dire que j’ai adoré!

Galerie d’images

merci pour le saucisson et la belle journée, bon courage pour le test! 😉

Indiana Jaune

Indiana Jaune à la Maladière est l’une des grandes voies les plus populaires de Haute-Savoie, à cause d’un mix de caractéristiques assez singulier:

  • Un niveau de difficulté « intermédiaire » (6b/c) et adapté à un large panel de grimpeurs
  • Une escalade plaisante, typique de cette falaise: en dehors de quelques passages on ne serre pas trop de microprises et on ne pose pas les pieds sur des adhérences foireuses. Pour autant, ce n’est pas une « échelle » sans intérêt : comme souvent à la Maladière, des nombreuses prises sont « mal orientées » bien que relativement grosses…
  • Marche d’approche relativement rapide (30-40mn)
  • ni trop longue ni trop courte, elle remplit la journée mais il n’y a aucune raison de se presser.
  • Ambiance de paroi grandiose: large et deversante, la Maladière est très impressionnante, et les raides pentes à sa base amplifient la sensation de gaz.
  • En large partie protégée par des imposants devers, la voie ne mouille pas (en dehors de passages faciles au tout début et à la toute fin) et peut être grimpée par presque n’importe quelle météo (attention: en cas de déluge on se mouille bien lors de la marche et des rappels!)

On oublie facilement son principal défaut, la vue pas trop charmante sur l’autoroute et la zone d’activité de Cluses/Magland.

Attention aussi au niveau de la cordée: il s’agit d’une des voies les plus faciles pour atteindre le sommet de la paroi, et on y accède en rappel… Il faut donc être raisonnablement sûrs de pouvoir passer les passages clé des premières trois longueurs.

Pour ma part je l’ai parcourue deux fois, toutes les deux en période de reprise après un arrêt forcé (saison de canyoning, et confinement). Ci dessous quelques images de Nicolas lors de notre visite post-confinement.

Vous voulez vous faire guider par un professionnel dans cette grande voie? Contactez moi sans hésitation!

 

Black Diamond Crack Gloves : prise en main

Je viens d’acheter une paire des nouveaux gants de fissure Black Diamond, à la construction vraiment innovante et différente des autres produits sur le marché, et je vous en livre quelques impressions à chaud, après avoir joué un peu à la poutre-à-fissures

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Un gant tout en finesse

La première caractéristique qui saute aux yeux est l’extrême finesse de l’ensemble. Ces gants sont plus fins que certains strappages, et conviendront à ceux qui aiment « sentir » les verrous et/ou qui grimpent sur des rochers au grain fin et régulier. En tant que moniteur, ils me semblent plus pédagogiques que des gants épais, et si suffisamment durables je vais les conseiller à mes élèves lors des stages d’escalade trad que j’encadre souvent à Annot.

Cependant la gomme reste étonnamment rigide pour son épaisseur, et devrait fournir un peu de protection. 20200508_124608

Construction étonnante des doigts

Mais pourquoi personne n’y avait pensé avant, on a envie de dire! La construction des doigts et du pouce sont les vrais coups de génie de ce produit. D’une part, ça laisse le dos du gant bien « plaqué » contre le haut de la main en toute circonstance, particulièrement quand la main est « aplat », ce qui rend le gant plus précis en « main étroite ». De l’autre, la construction du pouce protège un endroit stratégique que les autres produits sur le marché laissent souvent découvert. Sur ces points, ce gant me semble une réelle avancée par rapport à l’existant.

Des tailles correctes, sauf détente dans le temps?

Pour choisir ma taille j’ai fait confiance au tableau de tailles BD et je suis satisfait pour l’instant – il reste à voir combien ces gants se détendent dans le temps.

Évidemment, la perfection n’est pas de ce monde et il y a des points à améliorer…

Une matière trop élastique?

L’élasticité des parties non-gommées me laisse sceptique, en particulier autour du poignet. Je pense qu’un ensemble plus rigide pourrait donner un ressenti plus « solide » quand on est vraiment pendu par ses verrous, en fort devers

Une fermeture qui semble fragile

La fente où on passe le velcro apparait rapidement comme le point faible de l’ensemble et pourrait mettre à mal la durabilité de ce produit. Deux problèmes me semblent évidents:

  • du moins pour ma main, la fente n’est pas coupée au bon angle, du coup elle est sollicitée de façon asymétrique (voir photo).
  • BD a prévu un renfort « laminé » entre les différentes couches de matériel mais hélas, la colle qui solidifie ce laminage est trop faible…les trois couches ont commencé à se désolidariser en seulement quelques minutes d’utilisation! Il me semble étonnant que ce détail soit échappé en phase de développement du produit, alors que l’ensemble est par ailleurs très bien conçu, et que le reste du système de fermeture semble assez durable…

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Verdict dans un mois?

J’espère pouvoir rapidement emmener ce gant sur les fissures chamoniardes, afin de vous faire un retour terrain complet, et de voir s’ils tiennent dans le temps 😉

 

La non-gestion des falaises en Italie, pt.2: Maurizio Oviglia

En complément à mon interview d’Emanuele Pellizzari, je vous propose un point de vue légèrement différent, par implantation géographique et profil.

boltoldMaurizio Oviglia est grimpeur, équipeur, auteur de topos et journaliste spécialisé très connu en Italie. Piémontais s’étant implanté il y a des dizaines d’années en Sardaigne, il est historiquement le principal responsable du développement de l’escalade sportive dans l’île. Il est aussi très impliqué dans le Club Alpin Italien, et à partir des années 2000, son activité se tourne davantage vers le trad et l’escalade en fissure: une sorte de retour aux sources, si l’on considère que sa région natale, le Piémont, abrite des sites historiques pour ce type d’escalade, tels que la Valle dell’Orco. Je vous signale aussi sa chaine youtube avec des intéressants tutos pour l’équipement en partant du bas.

Maurizio, peux-tu présenter brièvement ton activité d’équipeur?

J’équipe depuis environ 1984. à ce jour, j’ai ouvert plus de 3000 longueurs, principalement en Sardaigne. Mais j’étais aussi parmi les premiers équipeurs de Sicile et du Piémont. J’ai ouvert des itinéraires partout dans le monde, tant en falaise qu’en grande voie ou big wall.

Dans votre région, comment financez vous l’équipement? Y a-t-il un problème de pont de vue?boltutorial

À ce jour, on peut dire que seulement 20% des itinéraires équipés en Sardaigne sont « financés »: je ne parle pas seulement par des organismes publics, bien sûr, mais aussi par des cagnottes entre grimpeurs, ou par des opérateurs touristiques. Pour le reste, ce sont les équipeurs eux-mêmes qui achètent le matériel.

En tant que équipeur, as tu déjà dû négocier l’accès aux falaises avec des municipalités ou des propriétaires privés? Quelles difficultés as tu rencontré? Quelles ont été les objections les plus fréquentes? Les conséquences juridiques d’un accident font-elles partie des préoccupations exprimées?

elasticLe problème commence à peine à apparaître à l’horizon, mais pour le moment, il a toujours été possible de l’esquiver. Lorsqu’une municipalité finance un équipement, elle se charge de vérifier la situation cadastrale et de demander les autorisations environnementales nécessaires. Sinon, quand on équipe de façon autonome, nous n’avons jamais rien demandé.
Il est cependant déjà arrivé que des propriétaires ayant en un premier temps consenti à la fréquentation d’un site, aient changé d’idée après publication du topo, le nombre des grimpeurs dépassant largement leur imagination. Cela m’a créé plusieurs problèmes, car en tant qu’auteur du topo, j’ai été menacé de plaintes si je n’avais pas procédé par tous les moyens à rendre l’interdiction publique. Il est également arrivé que les propriétaires présumés d’un terrain ne veulent pas qu’on fréquente une falaise, refusant toutefois de la clôturer ou de délimiter le terrain d’une autre manière, ce qui n’a aucune valeur légale en Italie…

Dans les zones où t’es le plus actif, existe-t-il une forme d’institution qui représente officiellement les grimpeurs?
DiamantiEruggineThéoriquement, la CAI (club alpin italien) est la seule association qui pourrait actuellement représenter des grimpeurs, mais dans les faits ce n’est pas le cas et les tentatives dans ce sens sont restées coincées dans des culs de sac bureaucratiques. Il y aurait la volonté d’avoir des falaises promues et gérées par le CAI, mais cela pose alors des problèmes juridiques, actuellement insurmontables.

Comment ça marche ailleurs en Italie? Y a-t-il un fonctionnement homogène ou les choses fonctionnent-elles différemment selon le lieu?
Je dirais qu’il n’y a pas de différences substantielles, autres que celles liées à la densité de population dans les différentes régions. L’équipement d’une nouvelle falaise pourrait être beaucoup plus compliqué en Lombardie qu’en Sardaigne. Pour cette raison, ici en Sardaigne nous avons récemment été envahis par de nombreux équipeurs non locaux, y compris des étrangers: dans leur pays d’origine, équiper n’est pas si simple…

Quid des conflits liées à la protection de l’environnement?

doppiaovigliaDans certaines régions, les conflits liés à ce sujet sont plus nombreux que dans d’autres… Cela dépend plutôt de la «force» du mouvement écologiste dans une zone, que de son effective richesse environnementale. Théoriquement, partout où il y a des contraintes environnementales, on pourrait arriver à l’extrême de ne plus pouvoir rien faire, à part regarder la nature depuis un écran, assis dans son salon. En réalité, un compromis acceptable doit être trouvé, et cela dépend du bon sens des écologistes mais aussi des grimpeurs. Si je déclare vouloir équiper 1000 voies dans une zone d’intérêt communautaire (natura 2000), je dois m’attendre à des problèmes. Et ces interdictions risquent par la suite de s’étendre à des falaises auparavant libres d’accès. Il ne faut pas exagérer, c’est pourquoi je dis depuis un certain temps qu’il vaut mieux avoir un nombre limité de lieux de pratique, mais bien maitrisés et entretenus, plutôt que de multiplier sauvagement les falaises.

Quand je vivais encore en Italie, je me souviens que du «modèle français», nous avions des informations fragmentées, rares et déformées. À un certain moment, nous avons commencé à parler de falaises « certifiées », car nous voyons que la FFME avait élaboré des normes d’équipement. Que peux tu nous dire à ce sujet?

En tant que CAI, nous avons envisagé une éventuelle certification des falaises depuis la fin des années 90. Cela n’a pas abouti, les différences d’opinion étant trop importantes. Et au final, il faut le dire, en tant qu’Italiens nous aimons l’anarchie… La FASI (FFME italienne), après une tentative à cet égard, s’est rapidement retranchée dans l’escalade en SAE. Les guides, en revanche, ont récemment pris l’initiative. Je sais qu’ils ont commencé à donner des cours d’équipement et ont rédigé un protocole déposé auprès du CONI (équivalent italien du CNOSF). Mais je ne pense pas que cela aboutira à une certification des falaises, car au fond, peu de monde la demande. Pour l’instant, l’idée que chaque grimpeur doit assumer complétement les risques de l’escalade outdoor reste majoritaire en Italie.

ovigliagrottaEn tant que équipeur, penses tu qu’il est possible d’évaluer de manière précise la probabilité d’accidents dus à l’évolution naturelle de la roche, à la manière d’un ouvrage d’ingénierie?

Pour le moment, je ne pense pas. Mais il est possible de faire comprendre aux organismes financeurs que, comme tout artefact, le travail devra subir une maintenance dans un délai de X ans. D’autre part on peine à aboutir à un consensus entre équipeurs: des protocoles uniformes seraient peut-être nécessaires, mais d’autre part, en Italie, on n’en veut pas vraiment…la liberté nous est trop chère!

Pensez-vous que « le grimpeur lambda » se rend en falaise sans jamais se poser de questions sur la résistance des prises et des points d’assurage? Ou alors il y a une prise de conscience du problème, même si quand on est dans le feu de l’action on n’y pense pas?

olodovigliaPlutôt que de « grimpeur lambda » je parlerais de « génération indoor ». Quand on grimpe en salle, on s’attend à ce que les prises ne se détachent pas et que la sécurité soit parfaitement maitrisée. Lorsqu’un grimpeur ayant débuté en salle commence à grimper dehors, il s’attend à trouver une situation similaire. S’il trouve un équipement aéré ou un rocher pas parfaitement purgé, il ne comprend pas, et bien souvent il se fâche contre l’équipeur, de la même manière qu’il irait se plaindre chez la direction de la salle où il pratique – pour laquelle en revanche il paie son entrée, alors que la falaise est gratuite. Mais heureusement il y a aussi plein de grimpeurs ayant plus d’expérience, voir une pratique éclectique qui inclut la montagne, et ceux-ci ont forcement une approche différente.

Du point de vue du rapport au risque d’accident et de responsabilité, crois-tu que l’activité sur la falaise est plus proche de l’alpinisme ou de l’escalade en salle?
Je dirais que si nous nous rapprochons d’un concept de responsabilité tel qu’il existe dans une salle, dans une logique de service payant, on va en rester prisonniers à jamais. Soit nous prenons tous conscience que dehors le risque ne peut être éliminé et nous assumons nos responsabilités, soit on casse définitivement le jouet. Même lorsque je sors de chez moi à pieds, et je traverse la route, j’assume des risques…

Il me semble que ces dernières années, ton activité s’est de plus en plus tournée vers le trad, non seulement pour ta pratique personnelle mais aussi en tant que « développeur » de sites. Est-ce juste une question de mode et de goût personnel, ou y a-t-il une réflexion plus ample derrière ce choix?

tradovigliaQuand je fais quelque chose, ce n’est jamais sans raison. Enfin, j’exagère un peu: j’ai ouvert plein de voies juste par le plaisir de le faire, sachant bien que personne n’irait les répéter. Mais ces dernières années, la plupart du temps, je me déplace avec une idée précise et j’essaie de soutenir ma vision de l’escalade auprès des autres grimpeurs. Dans le cas du trad, j’ai essayé par tous les moyens de promouvoir une manière différente de grimper, car à un moment j’ai eu l’impression qu’en Italie la mentalité sportive engloutissait tout, à la fois culturellement et physiquement: dans le sens qu’elle avait vocation à occuper tous les bouts de rocher disponibles. À partir du début des années 2000, j’ai commencé à m’intéresser au « clean climbing » en voyageant dans les pays anglo-saxons et j’ai œuvré pour proposer le trad aux jeunes générations, en tant que « pratique alternative ». Et il faut le reconnaitre, beaucoup d’entre eux ont réagi avec enthousiasme! ovifliafessuraParadoxalement, les moins satisfaits de ce tournant étaient « les anciens », c’est-à-dire ceux de ma génération… Ils avaient peut être l’impression que ces jeunes viennent envahir leur terrain de jeu? Il faut dire que se faire surclasser par des petits jeunes ayant déjà un bon niveau de base, qui ont juste eu besoin d’apprendre à placer des coinceurs pour devenir vraiment bons sur tous les terrains, ça doit piquer!  😉

As tu déjà eu des accidents d’escalade qui ont impliqué un passage à l’hôpital? Si oui, tu étais correctement assuré?
Oui, j’ai eu de nombreux accidents. Ces derniers temps, surtout en faisant du bloc. Cependant, en tant qu’instructeur national du Club Alpin, je suis bien assuré…

Crois tu que l’affaire Vingrau et la fin de l’expérience des conventions en France auront un impact significatif sur la réalité italienne? Existe-t-il des cas similaires en Italie?

Pour le moment, je ne pense pas. Pour ce qui est d’accidents similaires, le cas le plus frappant est celui qui s’est produit à San Vito. Dans cet accident, le relais était posé sur un bloc de rocher qui s’est détaché quand le grimpeur s’est mis en tension…le grimpeur est donc arrivé au sol avec le bloc de rocher, sa copine n’ayant pas pu retenir une telle charge. Mais le grimpeur a survécu. Si la victime était décédée, une instruction judiciaire aurait certainement eu lieu. Et si le travail avait été financé par une institution, l’équipeur aurait été impliqué. Mais même dans ce cas je ne sais pas si on serait arrivés à une condamnation, du moins au pénal. Même en faisant un rapport géologique en phase d’équipement, on sait que les roches peuvent changer, se fracturer. Et en Italie, nous sommes bien dans ce pays où les viaducs sur les autoroutes payantes s’effondrent, et personne n’est condamné, donc…

La non-gestion des falaises en Italie: interview d’Emanuele Pellizzari, dit « Kinobi ».

Emanuele Pellizzari, aussi connu comme « Kinobi » est un grimpeur, équipeur, pro25826ducteur et distributeur de matériel d’escalade très connu en Italie (Marmot, WildClimb, AustriAlpin entre autres). Dans le contexte de doutes et questionnements lié à la fin annoncée du modèle français des falaises conventionnées, je lui ai posé quelques questions pour savoir comment les italiens gèrent leurs lieux de pratique. Cela me semble très intéressant pour placer l’expérience française dans un cadre plus large. En fin d’article je publie aussi l’avis de Filippo Cardaci*, avocat, qui nous éclaire à propos du cadre juridique italien.

Kinobi, peux tu présenter au public français ton activité d’équipeur, fabricant et distributeur de matériel pour l’équipement?

Je m’appelle Emanuele, j’ai 51 ans et cela fait 27 ans que je vends ou construis moi même du matériel d’escalade. Au cours de ma carrière, j’ai du placer environs 1200 points d’assurage et en vendre 125000. 

Comment les grimpeurs italiens financent l’équipement? Y a-t-il un souci de ce point de vue?12400785_10153227308770841_633849133010539538_n

En Italie, sauf dans des régions à statut autonome, l’équipement des falaises est au 99% financé par les équipeurs eux mêmes. Il arrive que quelques rééquipements soient financés publiquement ou par des structures touristiques. Enfin il y a des rares cas d’associations d’ouvreurs au niveau local, qui s’arrangent pour récupérer des fonds à droite et à gauche, et mutualiser les dépenses. Le principal souci de financement vient du fait que les petits équipeurs n’ont pas accès au tarif « entreprise » quand ils achètent leurs points. De mon côté j’offre ce tarif même pour des petites quantités, quand je sais que l’équipeur qui me sollicite fait du bon boulot et, surtout, ne taille pas de prises.

En tant qu’équipeur as tu déjà eu à faire avec les propriétaires des terrains?

Oui, c’était même le début des démarches pour les trois « grosses » falaises qu’on a équipé avec mes potes. Dans les faits on s’est informés sur les parcelles traversées par les accès, et ensuite on est allés à la rencontre des personnes concernées avec les moyens d’usage…c’est à dire quelques caisses de bon vin! En revanche on a toujours fait en sorte d’éviter les acteurs institutionnels, et on n’a jamais essayé de se faire financer publiquement: on préfère que l’activité passe « sous le radar », le plus possible inconnue aux autorités…

As tu fait l’expérience de cas de conflits d’usage, restrictions temporaires, interdictions?

11217524_10153032336161028_6272675199687681999_nJe n’ai pas eu de soucis de ce genre, là où j’ai équipé. Dans le reste du pays, le plus souvent on a des restrictions temporaires pour la nidification d’espèces rares ou plus rarement pour la flore. Mais cela reste peu fréquent: l’Italie est un pays très densément urbanisé (surtout au nord) et les falaises se trouvent rarement dans des zones sanctuarisées.

Pour ce qui est des autres interdictions, il faut distinguer. Sur un territoire communal cela peut arriver par arrêté. Sur des terrains privés, c’est possible mais en pratique difficile à appliquer: pour qu’une restriction d’accès soit valide le propriétaire doit mettre en œuvre des moyens tellement importants, en termes de signalisation, clôture et surveillance, que dans les faits il est découragé de le faire. Et en général, la raison de départ ne regarde pas des histoires de responsabilité.

La réalité verticale italienne est elle homogène? Y-a-t il un sujet institutionnel qui représente les grimpeurs de falaise, et les équipeurs en particulier?

La situation n’est absolument pas homogène et tout se passe à niveau local. Ce que je t’ai décrit correspond au nord du pays, alors que par exemple au centre, au sud et dans les régions à statut autonome, il n’est pas trop rare que les grimpeurs arrivent à monter des dossiers avec les communes, qui financent l’équipement ou les rééquipements. Il faut dire que dans ces derniers cas il s’agit de zones où l’escalade peut devenir un réel atout touristique, alors que chez moi, en Vénétie, l’activité économique est davantage tournée vers l’industrie et le commerce.

Avant de déménager en France en 2008, je me rappelle qu’en Italie on avait une vision assez fantasmée du modèle français. Certains, voyant que la FFME rédigeait des normes d’équipement, ont commencé à prôner la « certification » des falaises, mais cette idée n’a pas fait beaucoup de route…

36114153_10156350145534030_8660129106534334464_oJe me rappelle bien de ces discussions. Personnellement je trouve qu’en premier lieu, un modèle de gestion de l’équipement « structuré » et bureaucratique serait inapplicable en Italie du fait des spécificités culturelles du pays, et il ne faut pas oublier que notre sport reste confidentiel par rapport à la France.

D’autre part j’ai toujours alerté les partisans de la « certification » sur deux points: édicter des normes et se contraindre à les respecter est d’une part donner le bâton pour se faire battre en cas d’accident, et de l’autre, le début d’un processus sans fin emmenant sans doute à une hausse inacceptable des couts de l’équipement et de la maintenance des falaises. La plupart des équipeurs ont été de mon même avis, et à part quelques hurluberlus, personne n’en parle sérieusement de nos jours.

En tant qu’équipeur tu n’as pas peur que ta responsabilité soit mise en cause en cas d’accident lié à un problème d’équipement?

Oui, j’ai peur, et je suis d’ailleurs très bien assuré, non seulement pour toute mon activité de grimpeur-équipeur, mais aussi dans d’autres domaines de a vie. J’ai notamment souscrit une assurance « protection juridique » qui payera les frais de toute procédure civile me concernant: escalade, accidente de la route, etc…

Je crois que ce genre de risque est très sous évalué en Italie, et dans mon entourage j’ai l’exemple d’une amie devant payer 20000 euros à une autre grimpeuse pour un mauvais assurage. Ce que les grimpeurs lambda ne semblent pas comprendre, est que dans certains cas on n’a pas le choix! Prenons mon exemple: j’ai une femme, trois enfants, mes revenus constituent le 75% des entrées du foyer. Si je me cartonne gravement, je mets quatre personnes dans la rue…alors dans l’hypothèse où je me blesse en grimpant et je peux mettre en cause la responsabilité d’un tiers, que ce soit mon partenaire, l’équipeur ou le propriétaire du terrain, je vais me jeter sur cette opportunité comme sur un bac salvateur. C’est lâche, mais c’est la réalité.

Crois tu qu’on puisse évaluer de façon précise des choses telles que les risques de défaillance d’un équipement, ou la casse d’une prise? Y a-t-il une différence fondamentale entre escalade en falaise et en salle?

sostakinobiC’est un discours ayant plusieurs facettes.

Sur le plan philosophique, déjà: il est clair qu’escalade outdoor et salle ne sont pas la même chose, et que si un grimpeur n’est pas dans l’état d’esprit d’assumer pleinement le risque inhérent à l’activité, s’il attend le « risque zéro », ou s’il avance une quelconque requête en termes d’équipement sans mettre lui même la main à la pâte, il n’a strictement rien à faire dehors. Qu’il reste en salle, ces structures existent aussi pour cela et elles sont de plus en plus agréables.

En ce qui concerne le matériel et sa pose: c’est pas si sorcier. Si on est consciencieux et on s’informe bien avant d’agir, il faut vraiment y mettre de la bonne volonté pour poser un point qui lâche… Et l’usure du matériel n’a causé que 3 accidents dans le monde, à ma connaissance. Statistiquement, la casse d’un point pour ces deux raisons est moins probable qu’une défaillance du système de freinage de ta voiture!

Un discours à part regarde la corrosion en milieu marin, phénomène qu’on ne comprenait pas du tout au début, et sur lequel on a bien avancé mais on n’a pas encore une réponse définitive.

Enfin il faut parler de où sont placés les points. Là c’est plus subtil, et par exemple le cas de mousquetons travaillant mal et cassant à cause d’un emplacement mal choisi sont plus fréquents que toutes les éventualités cités ci dessus. Pour ce qui est de la distance entre les ancrages, la tendance actuelle en Italie est d’équiper hyper-rapproché. Il y a peu de falaises, chez nous, ayant l’espacement entre les points qu’on peut retrouver à Céüse ou dans le Tarn.

Donc pour résumer: le risque demeure minime mais il ne peut pas être éliminé, et reste élément « constitutif » de l’activité, devant à mon avis être accepté « à priori ».

Tu crois que la fin des conventions et l’accident de Vingrau auront des échos et Italie?

Non, je ne pense pas trop, parce qu’à la base les réalités des deux pays ne sont pas comparables. En revanche, à titre personnel, ça vient renforcer une conviction que j’ai depuis longtemps: seules les zones de rocher « béton » se prêtent à l’escalade sportive. Équiper dans cette optique dans du rocher pas très sain est à mon avis un choix peu judicieux, parce que même avec un énorme travail de purge on ne sera jamais sûr d’un résultat durable.

 

*Note juridique (par Maître Filippo Cardaci, Avocat)

10496211_740207086044591_2209006839510863582_o« Les notions de « garde de la chose » et de responsabilité sans faute existent bel et bien en Italie. Mais il n’y a pas de jurisprudence particulière en matière de sports de pleine nature. A titre personnel je crois qu’un propriétaire de terrain devrait s’inquiéter sérieusement dans deux seuls cas: s’il est à l’origine de l’équipement, ou s’il en fait une quelque sorte de publicité. S’il se limite à fermer l’œil et faire comme si de rien était, il ne devrait pas risquer grand chose…tout au plus une responsabilité très partielle pourrait être retenue. »

 

Critique express: LES FOUS DU VERDON 

J’ai profité de ces jours confinement pour enfin lire “Les fous du Verdon”, livre qui trainait neuf sur une étagère de ma demeure, depuis des années. Je vous en détaille ici quelques rapides impression: bien qu’il ne soit pas une nouveauté, le livre mérite sa place dans la bibliothèque de tout amoureux de ces parois calcaires, et il est donc intéressant de le signaler en 2020… 

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Confinement: faute d’aller au Verdon physiquement, on s’y rend grâce à l’œuvre littéraire…

Une chronique de l’histoire des lieux 

Ce livre retrace avec une richesse de détails impressionnante l’histoire de l’escalade dans les gorges depuis Les enragés, première voie dans les gorges datant de 1968, jusqu’au début des années 2000 (la première impression date de 2008). On en tire une chronologie très précise des ouvertures marquantes des lieux, de l’arrivée de “vaguessuccessives d’équipes de pionniers, et des évolutions des styles d’ouverture et d’équipement. L’histoire de ces escalades étant une histoire de grimpeurs, les mœurs, les liens d’amitié et rivalité, les quelques polémiques marquantes sont aussi esquissés, avec une place particulière pour ces années ‘70 que l’auteur a vécu en première personne et qu’il rappelle avec nostalgie. 

Un souci d’exhaustivité et sobriété

Le parti pris du bouquin est de toute évidence d’être exhaustif et précis, sans oublier aucun protagoniste et relatant la genèse de toutes les lignes importantes. Cet approche en fait à la fois la force et la faiblesse.

En positif, on pourra dire qu’il y a de quoi donner aux nouvelles générations une idée précise de l’histoire des lieux, et en ce sens le livre serait, à mon avis, le complément idéal de la consultation du topo. Il faudrait presque avoir un index par voie en fin de texte!

D’autre part, à mon humble avis ce choix, couplé avec une chronologie assez stricte, rend la lecture parfois un peu répétitive. Par rapport à « Camp 4« , la référence de ce genre de récit historique d’escalade, les personnages sont un peu en retrait par rapport à leurs actes. Si ce qu’on retient de la lecture de l’œuvre de Steve Roper est la façon dont la personnalité des protagonistes a influencé l’histoire des escalades, la rivalité Harding/Robbins en étant l’exemple fulgurant, dans « les fous du Verdon » cette dynamique est moins mise en avant. Il serait intéressant d’en discuter avec Bernard Vaucher en personne, mais mon soupçon est qu’il ait eu une sorte de pudeur à cet égard: le livre reste assez sobre en matière d’anecdotes et profils psychologiques, peut-être par proximité avec beaucoup des personnages cités, peur de ne pas en dresser des portrait justes, de devoir consacrer beaucoup d’espace à quelques chefs de file choisis arbitrairement, et donc délaisser injustement les autres personnages. Soyons clairs: l’humain n’est pas ce qui manque, mais tout ce qui ne relève pas du factuel et de l’escalade est esquissé sans sensationnalismes et parfois avec euphémisation par rapport à la façon dont certaines « légendes » sont relatées à l’oral.  En quelque sorte, Vaucher a voulu être Thucydide, plutôt qu’Homère.

En conclusion: cette lecture serait un texte essentiel si les diplômes de moniteur d’escalade faisaient de l’histoire de la discipline un pilier de leur formation, et il faudrait presque obliger tous les grimpeurs approchant les gorges à y plonger le nez, ne serait ce qu’une demie heure ici et là pendant leur séjour sur les lieux. En revanche, le livre laissera sur leur faim ceux qui s’attendent à une épopée haute en couleur, à un récit épique en sauce sudiste dont les témoignages fondateurs auraient étés récoltés chez Lou Cafetié, avec la complicité de quelques verres…

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Sa Fosca (par le « pas del duro)

Courte vidéo qui ne rend pas suffisamment justice à beauté de cet incontournable canyon Mallorquin. Ce sont effectivement l’encaissement hallucinant et l’ambiance très sombre qui en découle (noir complet sur des très longs passages, frontale étanche obligatoire) qui rend ce parcours exceptionnel, plus que son coté ludique.

Pour cette première visite, nous avons choisi d’attaquer le canyon par la via cordata du « pas del duro », équipée à demeure : option plus sage en termes de timing et évitant navettes ou autostop. Vous pouvez facilement trouver des tracés gps et des photos de cet accès sur internet, sauf une information essentielle: l’attaque de la descente se trouve à niveau d’un couloir en amont et à gauche d’un ancien alpage en ruines…ne cherchez pas plus bas que l’alpage cela vous fera juste perdre du temps!!!

période conseillée: au printemps. Mais si vous avez de la chance (comme ce fut notre cas) 2-3 jours de forts orages suffisent à faire couler le canyon en période sèche.

N’hésitez pas à me contacter  pour l’organisation d’un séjour mixte escalade-canyon sur l’Île, les possibilités sont vraiment nombreuses… 

Stage Trad Annot FSGT 2019

Les 2,3, et 4 mai derniers je co-encadrais avec Lionel, Marie-Line et Eric le désormais classique stage Trad à Annot des clubs FSGT franciliens. Petit compte rendu du stage.

Lionel et Marie-Line m’avaient beaucoup parlé de ces clubs FSGT qui reviennent chaque année pour un stage trad (ou BigWall) et qu’ils affectionnent particulièrement, se montrant touchés par l’envie d’apprendre des stagiaires, ainsi que de leur capacité de « jouer le jeu », en affrontant les parties les plus agréables du sujet et celles un peu plus difficiles avec le même élan. J’ai donc approché ces trois jours d’enseignement avec à la fois l’enthousiasme d’un passionné, une peu d’attente vis-à-vis de nos élèves, mais aussi une certaine pression: je savais d’avance qu’avec eux il n’était pas question de s’épargner, de choisir des solutions de facilité maquillées en choix sécuritaire, ou de pas aller au cœur des sujets car trop compliqués.

Heureusement, le matin du premier jour nos stagiaires font en sorte de me laisser le temps d’un deuxième café, et pour faire redescendre toute pression résiduelle ils font même semblant (ou pas?) de se perdre sur le chemin! :p . Après ces petites péripéties on attaque avec un cours magistral sur les protections délivre par le prof. Catsoyannis, qui me laisse l’honneur de quelques interventions ponctuelles. On n’a rien préparé à l’avance, on parle a braccio et pourtant on arrive à ne pas se contredire, voir à être pleinement d’accord, la claaaasse 😀 !!! . Malgré la relative longueur de cette introduction théorique et sa richesse en nuances, on ne perd pas l’attention de notre public, qui au contraire n’hésite pas à nous relancer avec des questions pertinentes : c’est bien parti, place donc à l’action!

Après une grosse demie journée d’artif’ on a le sentiment que tout le monde sait juger correctement si un coinceur est bien posé ou pas : on peut les laisser se défouler en escalade libre en fin d’après midi, ce qui nous place un peu en avance sur le programme.

Le lendemain matin, c’est à mon tour d’animer l’atelier « gants de strap ». Là encore, bonne surprise : les bandages sont confectionnés avec soin, les points clé de mon intervention semblent avoir été retenus. Place à la pratique des techniques de verrou, qui comme d’habitude donne lieu à des résultats assez hétéroclites en fonction de la morphologie de chacun, de la taille des fissures et de la tolérance à la douleur…la personne qui est tout de suite à l’aise dans les chicken-wings ne le sera pas forcement en verrou de poing, celui qui n’a pas mal aux mains peut souffrir des pieds, etc. Comme le souligne justement Lionel, quand on apprend à grimper en fissure il faut accepter d’oublier son aisance en escalade « classique » et repartir de zéro : tout le monde me semble avoir bien saisi le concept et je les vois faire le tour des parcours proposés jusqu’à quand chaque technique est bien intégrée et les réflexes de grimpe en équipé (dulfer, grimpe « extérieure ») s’en vont petit à petit. Chapeau!

On a donc devant nous une journée et demie pour que tout le monde puisse grimper des fissures en tête, avec tout de même une grosse parenthèse théorique sur les relais en trad, argument qui nous est expressement demandé par les stagiaires.  En grimpe, on assiste à un petit « miracle » : quasiment tous les stagiaires se retrouvent très rapidement dans un niveau raisonnablement proche de celui qu’ils ont en falaise équipée, en appliquant (presque) à la lettre nos conseils de méthodes et protections, et étant capables de se briefer mutuellement dans un vrai langage de fissuriste: là tu places le 0.75 et le 1 dans la strate horizontale, ensuite le 3 à l’angle du toit, et tu traverses vers le bac avec des verrous de main au-dessus de la tête. Certes, plein de petits détails restent à affiner, mais l’expérience s’en chargera !

Le jour après le stage, les plus acharnés du groupe restent dans le parages pour grimper en autonomie, en nous empruntant des coinceurs. L’appel des fissures est trop fort, et je me joins à eux pour parcourir l’intégralité de Fanny, la petite grande voie classique du coin, que j’avais jusqu’à la seulement grimpé « en morceaux ». C’est un réel plaisir de partager avec les élèves cette dernière journée de grimpe comme entre copains, en appréciant une fois de plus la capacité d’absorption exceptionnelle de ce public-éponge !

Lionel me confie que bien que ce stage se passe toujours très bien, à chaque fois il est également surpris du résultat, comme si c’était une première. Surpris, je le suis aussi, et je me dis qu’à mes débuts en trad, autodidacte mais avec un niveau en falaise bien plus élevé que ces stagiaires, j’étais bien plus incertain et maladroit qu’eux ! Ce trois jours sont donc une réelle satisfaction professionnelle: j’ai le sentiment d’avoir réussi à transmettre en peu de temps des compétences qui m’ont pris quelques années de pratique pour se construire et se sédimenter, et c’est pour des moments comme celui ci que je fais ce métier.

Un grand merci à Caroline, Erwan, Remi, Tristan, Jean-Philippe, Hubert, Louis, Jeremy, Julia, Lina, Marc et Mathilde!

Gianluca

Noli me Tangere

Tout commence par un appel sur Facebook: qui fait du ski de rando ce week end? Ou mieux, grimpe avec approche à skis? 

Christelle court à mon sécours en m’informant que la météo ne s’annonce pas très optimiste pour mes programmes: -15 annoncés à l’aiguille du midi… Ce sera grimpe donc.

J’ai bien envie de découvrir la Maladière, paroi déjà lorgnée à multiples reprises car juste au dessus du péage de Cluses, mais jamais visitée. Dur de se décider entre les nombreuses lignes possibles, plein de voies ont l’air classe, bien raides, et en grande voie je ne suis pas trop exigeant sur le niveau: tout me va tant que l’ambiance est là… finalement on nous conseille Noli me Tangere, qu’on nous vend comme la plus belle du site.

Le matin, à la dernière minute, Gabriel se joint à nous…on divisera la voie en trois parties: Christelle en tête dans les 6b/c du début, ensuite avec Gabriel on se partagera les nombreux 7a. Excellente affaire pour les garçons, car au final la palme de longueur la plus pénible du jour revient au 6b du départ: soleil encore bien caché, onglée dès la troisième prise, cotation bien serrée, règles fuyantes avec un soupçon d’humidité et patine! Décidément une mise en jambe un peu rude, chapeau à la meuf’ qui ne se laisse pas déstabiliser et avance plus vite qu’elle ne croit jusqu’au relais ;). D’ailleurs je remarque que ce « soupçon de patine » disparaît rapidement, L2 semble bien moins usée… Peut être que par le passé certains se sont fait surprendre par cette longueur moins anodine qu’il le parait, décidant par la suite d’abandonner et choisir une voie moins soutenue à la place?

La suite de la voie est un vrai crescendo, le rocher devient de plus en plus beau à fur et mesure qu’on avance, l’ambiance se fait presque dantesque, et s’il est vrai que les longueurs dans le 7 sont souvent bloc, elles demeurent à mon avis très intéressantes! Les styles des différents crux sont assez variés: du serrage, de la lecture, du bon bourrinage…on ne se lasse pas.

Bref je n’ayant fait que cette voie à la Maladière je sais pas dire s’il s’agit de la plus belle, mais c’est sans doute très très classe, avec en plus un panorama incomparable sur le péage de Cluses :D. Je surconseille!