Test Chausson: La Sportiva Maverink

Le modèle La Sportiva Maverink, dernier né de la gamme NoEdge, a été conçu à la base comme chausson de transition entre les modèles enfant et les chaussons techniques d’adulte. Il vise un compromis entre des bonnes performances, surtout en salle, et la nécessité de ne pas trop contraindre des pieds en pleine croissance : c’est en quelque sorte d’un « chausson d’adolescent ».

Il arrive pourtant de le voir porté par des adultes : les plus attentifs l’ont peut-être reconnu aux pieds des ouvreurs en marge de quelques étapes de coupe du monde, ou encore de certains athlètes en vitesse.WP_20190202_20_30_14_Pro

A la recherche d’une « ballerine d’entrainement » au prix compétitif, à utiliser principalement en salle, confortable, souple, rapide à chausser/déchausser mais dotée d’un talon correct, j’ai décidé de tenter le coup : l’argument décisif a été pour moi la durée de vie de la gamme noedge en salle, que je trouve nettement supérieure à celle des modèles plus traditionnels (mais ça dépend beaucoup de votre façon de trainer « l’autre pied » contre le mur lors des mouvements en carre externe. Si d’habitude vous percez l’enrobage en pointe de vos chaussons, les noedge sont une solution. Elles ne le sont pas si vous percez plutôt au niveau de la « bosse » du gros orteil)

Je vous livre donc ci-dessous mes impressions, après une utilisation d’environs un mois et demi, au 100% en salle.

Chaussant

On est face à un avant du pied relativement peu volumineux, allongé et un peu plus pointu que dans d’autres modèles noedge. Les orteils s’y placent droits mais légèrement vers le bas, un compromis à la fois naturel et relativement original  entre les modèles les plus agressifs et plongeants, et ceux qui suivent la forme d’un pied à repos.

Le talon est dans la lignée du reste de la gamme LaSortiva: rond, profond et de volume moyen, mais il a été un peu assagi dans la poussée par rapport aux modèles performance.

En ce qui regarde la pointure, ce chausson semble conforme au reste de la marque italienne : je l’ai donc pris une demie taille plus grand que mes Futura « de performance ».

J’ai remarqué une légère détente au fil des usages : l’avant du pied gagne en volume et s’adapte bien à la forme des orteils. Après cette phase de détente, mon gros orteil se retrouve à peine plié alors qu’en origine il était vraiment droit.

Confort

C’est l’un des grands points forts de ce chausson. Il ne m’a presque jamais gêné sauf si mes ongles étaient vraiment trop longues : point commun à tous les chaussons noedge, ils ne pardonnent pas en ce sens. Finalement je déchausse moins souvent qu’avec mes autres chaussons confort.

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Adhérence et talon: deux situations qui conviennent bien au maverink

Si vraiment on veut chercher le cheveu dans la soupe, j’aurais coupé l’élastique qui assure la fermeture un petit peu plus bas : sur mon pied il remonte contre la malléole externe.

Performances

Du fait de son attitude très « neutre », ce chausson accentue l’effet chaussette d’escalade qu’on retrouve déjà sur un speedster ou un futura.

En salle, il est plutôt efficace à condition d’avoir un pied fort et habitué à un grand retour d’information : pousser fort sur un tout petit pied en dalle peut s’avérer physiquement difficile et un peu désagréable, car on est presque orteils nus sur la prise!

De même, dans les devers les plus marqués ce sera surtout à vos orteils de griffer la prise : le maverink n’aide pas cette opération avec une forme hyper-plongeante ou une tension folle des enrobages…mais grâce à sa souplesse, il ne vous gêne pas non plus.

Le talon reste un talon de ballerine sans scratch, mais parmi les meilleurs exemples de la catégorie: il reste assez sur même quand on tire « droit dans l’axe ». Il est plutôt du genre souple-sensitif, et si dans le 90% des cas cette conception est efficace en salle, on y trouvera quelques limites de précision lors des rares mouvements obligeant à talonner sur une règle.

Si pour l’instant je vous présente des performances ordinaires, il y a un domaine où le maverink est vraiment très performant, au mieux de ce qu’on peut demander : les adhérences sur volumes. Le mix entre une souplesse extrême et une forme assez neutre font qu’il est très facile d’écraser toute la semelle à plat et de sentir avec précision le point de glissade.

Si cette description n’était pas encore claire, et vous grimpez depuis quelques années : pensez à cette paire de cobra qui, prise ultra pétite au début, s’était détendue au point de devenir un chausson d’échauffement/entrainement/grande voie…le maverink est vraiment très proche de ces sensations là, mais avec plus de gomme et un meilleur talon.

Sur du rocher ?

Tout en n’ayant pas encore testé ce chausson en rocher, je peux en imaginer les performances.

J’aimerais bien l’utiliser sur des voies en dalle couchée avec des adhérences foireuses, sur du calcaire à colonnettes, pourquoi pas certaines fissures, surtout en grès (même si dans les plus fines fissures à LA référence absolue reste le moccasym de chez 5.10, notamment quand il est bien « fait »)

Le maverink serait par contre un vrai cauchemar ou alors une forme d’entrainement sur tout ce qui ressemble à un mur vertical à petits grattons : l’absence absolue de soutient va se payer, là où futura et speedster arrivent encore à se défendre grâce à leur agressivité plus prononcée.

Au final : pour qui ?

En tant que moniteur d’escalade je comprends pleinement la destination d’usage première de ce chausson, c’est-à-dire les grimpeurs en pic de croissance : non seulement ça ne déformera pas trop leurs pieds, mais il sera aussi un véritable outil pédagogique de part de son caractère sensitif et neutre. En effet, il permet vraiment de bien comprendre le travail des orteils en grattonnage, adhérence, griffe. En ce sens, je le conseille aussi aux adultes en évolution de poids léger, comme paire de transition entre les premiers chaussons entrée de gamme et les modèles orientés à la performance.

De même, il me semble un excellent choix pour les grimpeurs confirmés qui recherchent un chausson à utiliser principalement  pour s’entrainer et/ou s’échauffer : on perd un poil en performances pures, mais on gagne en confort et on entraine musculairement les pieds au passage.

Les ouvreurs à la recherche du chausson le plus confortable possible, tout en gardant un talon correcte, seront également ravis.

Enfin, ce sera un outil spécialisé pour les compétiteurs en bloc, à sortir du sac pour les dalles « 100% volumes » ou avec des pieds fuyants.

En tant que chausson principal pour des adultes, je me sens de le conseiller uniquement à des poids plume qui veulent un chausson très souple, et qui n’apprécient pas une griffe prononcée – autrement les autres noedge, mais aussi les différents drago/furia/chimera chez Scarpa, seront un choix plus performant.

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